De l'or dans les yeux...

Mardi 24 juin 2008



























©Arno Rafael Minkkinen


... Le temps des hommes est de l'Eternité pliée ...

Jean Cocteau














Par Les merveilleux nuages
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Lundi 23 juin 2008

























© Lucien Hervé


"Man has been walking the earth for millions of years, but the first letter was written only six thousand years  ago.
Who was the man or woman who finally decided that the tongue was not enough ? What were they looking for in the written word that could not be found when spoken ?
Were they trying to restore the sacredness of words by writting them down ?
Now, thousands of years after the first letter was written, the purity of written words has almost completely perished. They mean less, or more. They confuse. They blur.
And, worst of all, their imprecision makes me feel insincere.
Maybe there is a way to speak to you through the lens of my  camera about a world without words."

G. Colbert 
Par Les merveilleux nuages
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Mercredi 18 juin 2008
"Cette oeuvre-là, je la connais, je l’ai vue se faire. J’ai vu les toutes premières photos, qui disaient le charme de la découverte, l’émerveillement devant la magie du procédé. Tout est possible ou presque. J’ai vu Ingrid, Anne ou Suzanne, interminablement attendre un homme, attendre une lettre ou la fin du jour. J’ai vu jaillir les tulipes du plancher, j’ai vu la femme ouverte comme un papillon, la femme cousue comme une robe, la robe trembler comme une femme. J’ai vu l’enfant donner la main au singe et offrir le thé au chat. J’ai vu citer Carroll et Beckett, Khnopff et Füssli.

Oui, cette oeuvre-là, je l’ai vue se faire. J’ai vu la naïveté se transformer en savoir-faire, s’affirmer, se diversifier, mûrir sans jamais chasser l’inquiétude. C’est le privilège du quotidien partagé que d’être sur la crête des enthousiasmes, que d’être au coeur des angoisses, de voir comment on donne un visage aux chimères et comme est désespérante la quête de la beauté.

Oui, une oeuvre, un mélange d’intuition, de rigueur et d’obstination. Un esprit qui vagabonde, une imagination sans frein ni repos. Non pas un refus mais une totale inaptitude à la compromission.

Un talent, qu’on lui reconnaît partout dans le monde. Image fixe ou en mouvement, la même attention au cadre et à la lumière, à la séquence et à la musique, la même façon de prendre garde à la douceur des choses, comme si Fauré, pour elle, avait écrit sa Ballade.

Une carrière, sans équivoque ni faux-semblants. Mais au moment de la reconnaissance, à l’instant des diplômes, des médailles et des trophées de toutes sortes, elle prend soudain conscience qu’elle n’est pas tenue de refaire le monde, à façon et à sa façon, qu’elle peut regarder son jardin sous la neige, qu’elle peut ouvrir la porte du studio et voir sans inventer.

Elle se met à rêver les arbres comme elle a rêvé les femmes, elle prend des chemins qui ne mènent qu’à elle, elle accroche des étoiles dans un ciel de pluie et les champs qu’elle parcourt accueillent un étrange bestiaire. Car elle comprend vite qu’elle peut ne pas montrer ce qu’elle voit, qu’elle peut raconter ce qu’elle pourrait voir, qu’elle peut prendre ses aises avec la réalité, comme elle a toujours fait.

Naissent alors des images qu’on n’attendait pas. Elle qui a tant joué sur l’évanescence des formes et sur l’incertitude des lignes, sur le vacillement du temps et des lumières, elle prend plaisir à forcer le trait, à marquer les contours, à saturer les couleurs. 

Mais il y aura toujours dans ses photographies une délicatesse qui n’est qu’à elle. Il n’y aura ni mièvrerie ni complaisance dans ce regard qu’elle pose sur les femmes. Et elle sera toujours éblouie qu’un oiseau vienne, du fond des mers et jusqu’à la fin des temps, regarder son oeil bleu et lui montrer ses plumes."

Robert Delpire. 1998


"Un jour en hiver sur la plage, une mouette entre dans mon viseur par la droite, elle me regarde, elle s’en va, je l’oublie. Longtemps après sur la planche de contact d’un film que je croyais perdu, je l’ai trouvée ou retrouvée ; il y a d’autres mouettes au loin, des rochers, la mer aussi, mais c’est comme s’il n’y avait plus rien, il n’y a plus qu’elle, elle seule, n° 17 à 18, centrée dans le 24 x 36, entrevue à jamais, là à moins d’un mètre de moi, le regard fixé sur moi, alourdie d’être saisie, ralentie dans son envol, une aile floue, une aile nette, une aile sombre, une aile claire, l’une battant plus vite que l’autre, pour la tenir en équilibre, ce quinzième de seconde - à moins que ce ne soit un trentième, je ne sais plus -, le ciel était bas et gris, elle est suspendue au-dessus de la balustrade de pierre - c’était donc près de l’hôtel, je ne sais plus, je ne sais plus si je l’ai même vue, miracle, mirage ou signe du ciel, emblème du hasard, mystère ou magie de la photographie... coïncidences...

Comme cet autre jour encore, dans les jardins de Bagatelle, lorsque ce paon venu d’ailleurs a fait la roue derrière moi, tandis que je m’acharnais, l’oeil rivé sur la robe à pois que portait Martha ; il ne restait que deux vues dans l’appareil, c’était déjà un signe, je tournais le dos à la photo, à la beauté, elle n’était pas là où je la traquais. Des années durant, je ne l’ai cherchée que dans les studios, c’était mon métier, je ne la voyais que décorée, parée, maquillée, apprêtée, enrubannée, à la mode du jour... Autant de masques, autant de pièges, autant de mailles du filet qu’il me fallait traverser pour rapprocher, pour effleurer l’émotion, autant d’artifices qu’il me fallait débusquer pour être impressionnée au propre et au figuré.

Dans ce monde de l’illusion, rare était l’instant. Pour lui donner une réalité il lui fallait un avant et un après, il fallait l’inventer mais l’oublier pour le trouver ; et ici, où tout était
préparé, c’est encore dans l’imprévu que la mouette se cachait, elle se cachait dans un regard surpris entre deux poses, dans un geste raté, dans un éclat de rire, dans un faux pas ; elle se cachait dans un signe de vie au bord du cadre, dans le vent des ventilateurs, dans l’ombre de la lumière, dans une harmonie ou dans une stridence, mais toujours dans la fugacité, dans l’éphémère, papillon de malheur, stigmate du temps. Quelqu’un a dit - Valéry peut-être - «La beauté, elle est ce qui désespère».

De ces années-là, il n’y a plus beaucoup de photos que je reconnaisse parce que j’ai changé et que je ne vois plus comme je voyais. «Avoir toujours été celle que je suis, être si différente de celle que j’étais» dit Winnie dans son tas de sable. «Oh les beaux jours...»

Mike Yavel était mon assistant, mon ami, mon oeil gauche. Il est mort brutalement. Notre complicité aura duré quinze ans. Sans lui ce n’était plus pareil. Il m’a fallu continuer, «Life dances on...». Je me souviens d’une nuit où la neige était tombée, au matin, au réveil, j’ai fait ce que je n’avais jamais fait, poussée par je ne sais quelle nécessité, j’ai photographié les hortensias du jardin, ensevelis. Sur le positif, rectangle blanc, il n’y avait que des traces et des signes. Ce n’était plus moi mais la vie qui racontait son histoire; d’une pression de l’index sur le déclencheur, dans un clin d’oeil et dans une fraction de seconde je la faisais mienne. C’est alors que tout à commencé. J’ai photographié pour moi, alors qu’avant il me fallait être demandée pour oser. Si on va au bal il faut danser... Le bal était dehors, le bal était ailleurs, le bal était encore, il était partout où je le voulais, c’est moi qui m’invitait à danser, à photographier, et vive la liberté... Vive la liberté. Je suivais son rythme, avec ou sans musique, et pour le plaisir, le plaisir du regard avant même celui de la photographie, l’un pouvait vivre sans l’autre et de toute façon j’ai toujours su que je n’avais rien vu si je n’avais pas vu au-delà des apparences. J’ai toujours su qu’il me fallait fermer les yeux avant de les ouvrir, et que mon oeil, en choisissant, n’était plus tout à fait le mien, qu’il n’avait pas son âge, qu’il voyait pour la première fois, qu’il découvrait ce que moi je reconnaissais en mon âme et inconscience. Comme j’ai toujours su que je ne savais pas ce que je cherchais : «que la quête remportait sur la prise, qu’elle me tenait en marche, et que je n’avais de cesse de mettre un pied devant l’autre»; drôle de pas giratoire, il me semble avoir plus tourné qu’avancé et aujourd’hui ou je dois montrer ce que j’ai fait, j’ai du mal à choisir ce qui va me définir. Définir... est-ce mot de la fin ? Peu importe, photographe de mode je suis et je reste, oui je peux le dire, mais encore je photographie, sans but, tout et rien, ce que bon me semble, et qui ne se ressemble pas... Je me balade ; II y a «bal» dans «balade». C’est donc là aussi qu’on peut danser, la boucle est bouclée, et tant qu’il est encore temps, et aussi longtemps que je pourrai, je veux danser, ici toutes les danses sont permises, je veux regarder, je veux photographier..."

Sarah Moon. 1998
 









 

 
 
Par Les Merveilleux Nuages
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Mardi 17 juin 2008

Le Mékong à hauteur d'eau

"Au départ, rien qu'un rêve nourri des lectures de Malraux, esthète, vagabond et maraudeur d'une Asie méconnue. Les langueurs de Duras, son "Barrage sur le Pacifique", se mêlaient alors aux récits des incursions de pillards chinois, de voyages en pirogue, de fumerie d'Opium, de sociétés secrètes, de temple perdus dans la jungle d'Indochine."





" D
epuis plus de neuf ans, Hien Lam Duc renoue dans la grâce avec les souvenirs de son enfance. Après avoir arpenté la planète et mis en images toutes ses détresses et ses combats humanitaires, il est devenu photographe de l'intemporel, bercée par le cours puissant du Mékong, le fleuve légendaire qui l'a vu grandir. Il en a exploré les mille et uns méandres, sur quatre mille deux-cent kilomètres, entre l'Himalaya et le Vietnam, acceptant de se laisser emporter par la fascination et les réminiscences de sa propre histoire.

Car au bord de son fleuve-mère, il a connu les joies de l'enfance, de l'école buissonnière, mais aussi les traversées clandestines, puis la douleur et les camps de réfugiés avant l'exil.

Son œuvre à rebours célèbre la beauté sereine des paysages et la dignité des nombreux peuples du fleuve.

En remontant le cours du Mékong et celui de sa propre histoire, le photographe en exil compose une œuvre inspirée, entre déambulations poétiques et enquête documentaire, avec le fil de l'eau pour seul guide au regard. "




 
Par Les Merveilleux Nuages
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Dimanche 15 juin 2008


 Ce sont des impressions, mais ce n’est pas impressionniste. Ce sont des souvenirs d’émotions, mais ce n’est jamais ni complaisant, ni nostalgique, ni démonstratif. En noir et blanc puis en couleurs, Laurence Leblanc continue à inscrire sur la pellicule des images qui établissent un croisement entre sa vie et l’état du monde. De façon sensible souvent douloureuse.
Alors, de la Somalie à Cuba, du Congo en Sierra Leone, de Madagascar au Brésil, Laurence se laisse aller à partager le quotidien d’autres qu’elle ne connaît pas, hésite entre la proximité et la mise à distance pour dire ses engagements et ses passions pour les autres. Elle prend sans cesse le risque qui anime sa pratique de la photographie : visualiser, ou matérialiser, une forme d’invisible.
Au Cambodge, pour son premier travail, celui qui la fit reconnaître, elle avait réussi à nous bouleverser, en nous donnant à voir ces enfants dans un pays qui reste marqué par la période tragique des khmers rouges. Elle l’a fait avec une finesse et une discrétion remarquables. Au Cambodge, toujours, dans les temples, elle a poursuivi son voyage amoureux en s’attachant aux nonnes, vieilles dames ridées, souvent peu considérées auxquelles ellle dit sa tendresse et sa proximité. C’est avec elles qu’elle a abouti sa couleur. 
Elle l’a développée, de façon bouleversante dans sa traversée d’un monde africain qui n’existe pas ailleurs que dans son propre parcours. Cette “Afrique” dont elle parle avec émotion est une reconstruction géographique liée à ses déplacements. Elle l’a habitée de la vibration des couleurs qui correspondent à ses moments d’accord profond avec les mondes qu’elle aborde.
Et elle est guidée par une phrase de Jack London qui disait : “J’aspire à un temps où l’homme aura une perspective plus haute que son nombril.”
Nous aussi. "

Christian Caujolle 2007


"En commençant son travail sur l'enfance au Cambodge, Laurence Leblanc se pose une question difficile: Comment ces enfants peuvent-ils vivre avec le poids de la mémoire et les traces quotidiennes des massacres?

Elle choisit de se confronter aux gestes de l'enfance, de comprendre et de reconstruire, à travers la photographie, la réalité de ce pays où l'incompréhension du passé, les cauchemars, les traces de l'horreur sont omniprésents.

Laurence Leblanc ne témoigne pas, elle interprète. Les gestes peuvent être joyeux et les jeux des enfants se chargent, dans ses images, de tension et de souffrance. Son récit crée un monde onirique et douloureux habité par de petits fantômes innocents qui semblent vouloir émerger, se libérer d'un cauchemar."

Giovanna Calvenzi 2003 
 

 

« Mon travail sur le monde de l’enfance, et plus précisément sur le développement primaire de l’enfant dans sa relation avec l’espace et avec son corps, a débuté par des images faites à Paris et au Maroc.

Ma vision s’attachait  tout particulièrement aux premières expérimentations de l’enfant avec le monde, avec ses sens, à la recherche de son identité. Quelle est la place du rêve laissée aux enfants d’aujourd’hui pour se connaître face à la vitesse et à la performance ?

Lorsque j’ai décidé de poursuivre mon travail sur le monde de l’enfance au Cambodge, c’était plus fort que moi. Comment vivre, pour tous ces enfants, avec le poids de la mémoire et les traces quotidiennes des massacres ?

Ma rencontre avec ce pays est à la fois inattendue et mystérieuse. C’est un désir qui a grandi au fil du temps et qui a pris forme pas à pas.

Je crois que j’avais été remuée par les photos de Ein, ces portraits étaient les dernières traces de vie avant la mort.

J’ai eu envie de rencontrer les visages du Cambodge d’aujourd’hui.

J’ai toujours voulu toucher à l’imaginaire. Ici, trop souvent des éléments s’opposent entre moi et mon regard. Je préfère m’attacher à l’enfant dans sa plus simple expression avec le désir d’enlever tous les signes extérieurs d’appartenance à un groupe.

Par ailleurs, il me semble plus intéressant d’évoquer l’autre par petites touches que de le définir. C’est pour cela que mes images ne sont pas nettes. Cette forme particulière qui correspond à ma vision, où les visages sont presque inexistants, est peut-être le résultat de mes influences asiatiques. Je ne l’ai pas cherché, à un moment donné il est devenu évident que c’était pour moi la meilleure forme pour exprimer ce que je ressens.

Et puis chacun peut reconstruire ce qu’il ne voit pas et y retrouver sa propre histoire.

Peut-être que je photographie des silences…

Et derrière la solitude où l’enfant est en quête de son identité, je retrouve le mouvement et la vie car,  pour moi l’enfant est intuitivement relié aux autres en tant qu’entité unique en perpétuel renouvellement.

Prendre le temps, y retourner pour essayer de comprendre.

La notion du temps est une donnée essentielle dans mon travail. Je pense qu’on ne donne plus le temps, qu’on ne prend plus le temps de comprendre vraiment. Cela nécessite de ne pas se perdre dans des choses qui n’ont pas d’importance.

Mais c’est aussi une direction de vie aujourd’hui, un engagement au quotidien. C’est une façon de résister, c’est arriver à faire ses propres choix, décider de prendre le temps là où d’autres n’en prennent pas, sans se couper de la société et sans porter de jugements, en restant ouvert sur le monde et sur ce qui se passe.

De retour au Cambodge, près de mes images, il y a ces mots : « Je ne suis pas né, je suis au monde et moi maintenant je demande à naître »  »

Laurence Leblanc
 


Rithy, Chéa, Kim Sour et les autres...




 


































































Les nonnes





















Madagascar


































































Cuba





















Somalie











































Par Les Merveilleux Nuages
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  • : 27/11/1975
  • : Paris
  • : Conceptrice-rédactrice radio

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