©Arno Rafael Minkkinen
... Le temps des hommes est de l'Eternité pliée ...
Jean Cocteau
"Cette oeuvre-là, je la
connais, je l’ai vue se faire. J’ai vu les toutes premières photos, qui disaient le charme de la découverte, l’émerveillement devant la magie du procédé. Tout est possible ou presque. J’ai vu
Ingrid, Anne ou Suzanne, interminablement attendre un homme, attendre une lettre ou la fin du jour. J’ai vu jaillir les tulipes du plancher, j’ai vu la femme ouverte comme un papillon, la femme
cousue comme une robe, la robe trembler comme une femme. J’ai vu l’enfant donner la main au singe et offrir le thé au chat. J’ai vu citer Carroll et Beckett, Khnopff et Füssli.
" Ce sont des impressions, mais ce n’est pas impressionniste. Ce sont des souvenirs d’émotions, mais ce n’est jamais ni complaisant, ni
nostalgique, ni démonstratif. En noir et blanc puis en couleurs, Laurence Leblanc continue à inscrire sur la pellicule des images qui établissent un croisement entre sa vie et l’état du monde. De
façon sensible souvent douloureuse.
Christian Caujolle 2007
"En commençant son travail sur l'enfance au Cambodge, Laurence Leblanc se pose une question difficile: Comment ces enfants peuvent-ils vivre avec le poids de la mémoire et les traces quotidiennes des massacres?
Elle choisit de se confronter aux gestes de l'enfance, de comprendre et de reconstruire, à travers la photographie, la réalité de ce pays où l'incompréhension du passé, les cauchemars, les traces de l'horreur sont omniprésents.
Laurence Leblanc ne témoigne pas, elle interprète. Les gestes peuvent être joyeux et les jeux des enfants se chargent, dans ses images, de tension et de souffrance. Son récit crée un monde onirique et douloureux habité par de petits fantômes innocents qui semblent vouloir émerger, se libérer d'un cauchemar."
Giovanna Calvenzi 2003
« Mon travail sur le monde de l’enfance, et plus précisément sur le développement primaire de l’enfant dans sa relation avec l’espace et avec son corps, a débuté par des images faites à Paris et au Maroc.
Ma vision s’attachait tout particulièrement aux premières expérimentations de l’enfant avec le monde, avec ses sens, à la recherche de son identité. Quelle est la place du rêve laissée aux enfants d’aujourd’hui pour se connaître face à la vitesse et à la performance ?
Lorsque j’ai décidé de poursuivre mon travail sur le monde de l’enfance au Cambodge, c’était plus fort que moi. Comment vivre, pour tous ces enfants, avec le poids de la mémoire et les traces quotidiennes des massacres ?
Ma rencontre avec ce pays est à la fois inattendue et mystérieuse. C’est un désir qui a grandi au fil du temps et qui a pris forme pas à pas.
Je crois que j’avais été remuée par les photos de Ein, ces portraits étaient les dernières traces de vie avant la mort.
J’ai eu envie de rencontrer les visages du Cambodge d’aujourd’hui.
J’ai toujours voulu toucher à l’imaginaire. Ici, trop souvent des éléments s’opposent entre moi et mon regard. Je préfère m’attacher à l’enfant dans sa plus simple expression avec le désir d’enlever tous les signes extérieurs d’appartenance à un groupe.
Par ailleurs, il me semble plus intéressant d’évoquer l’autre par petites touches que de le définir. C’est pour cela que mes images ne sont pas nettes. Cette forme particulière qui correspond à ma vision, où les visages sont presque inexistants, est peut-être le résultat de mes influences asiatiques. Je ne l’ai pas cherché, à un moment donné il est devenu évident que c’était pour moi la meilleure forme pour exprimer ce que je ressens.
Et puis chacun peut reconstruire ce qu’il ne voit pas et y retrouver sa propre histoire.
Peut-être que je photographie des silences…
Et derrière la solitude où l’enfant est en quête de son identité, je retrouve le mouvement et la vie car, pour moi l’enfant est intuitivement relié aux autres en tant qu’entité unique en perpétuel renouvellement.
Prendre le temps, y retourner pour essayer de comprendre.
La notion du temps est une donnée essentielle dans mon travail. Je pense qu’on ne donne plus le temps, qu’on ne prend plus le temps de comprendre vraiment. Cela nécessite de ne pas se perdre dans des choses qui n’ont pas d’importance.
Mais c’est aussi une direction de vie aujourd’hui, un engagement au quotidien. C’est une façon de résister, c’est arriver à faire ses propres choix, décider de prendre le temps là où d’autres n’en prennent pas, sans se couper de la société et sans porter de jugements, en restant ouvert sur le monde et sur ce qui se passe.
De retour au Cambodge, près de
mes images, il y a ces mots : « Je ne suis pas né, je suis au monde et moi maintenant je demande à naître » »
Laurence Leblanc
Rithy, Chéa, Kim Sour et les
autres...
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